Comprendre l’innovation de rupture pour anticiper l’avenir

Édifiée il y a vingt ans, la théorie de l’innovation de rupture est à la mode. Son concepteur a récemment pris la plume dans la prestigieuse Harvard Business Review pour en clarifier la définition et mettre en garde les décideurs contre les incompréhensions qu’elle peut susciter. Il s’intéresse en particulier au cas de l’application Uber, qu’il classe comme innovation non disruptive, et livre des perspectives en matière de prévision économique.

L’article est long, mais sa lecture en vaut la peine. L’inventeur de la théorie de l’innovation de rupture (« disruptive innovation » en anglais), Clayton M. Christensen, professeur à Harvard, en dresse, dans la revue mensuelle éditée par la grande école de commerce américaine, un état de l’art dans le but de préciser ce qu’il entend par ce concept élaboré aux prémices de l’Internet, en 1995. Mais aussi pour avertir ceux qui seraient tentés d’expliquer toutes les réussites économiques actuelles à travers le prisme de cette théorie.

Dans son viseur, notamment : Uber. Malgré sa croissance fulgurante, son indéniable succès financier et l’écosystème de start-up entraînées dans son sillage, la société ayant lancé en 2009 une application mobile mettant en relation chauffeurs et passagers n’a pas, selon Clayton M. Christensen et ses coauteurs, créé de rupture technologique. Uber a certes innové tout en augmentant la demande, mais l’entreprise californienne s’est positionnée en concurrence frontale des sociétés de taxi déjà établies.

 

Les entreprises installées doivent soutenir l’innovation incrémentale

 

Or, d’après son inventeur, l’innovation de rupture surgit dans les marges d’un marché en raison de la négligence des entreprises qui le dominent. Soit à travers un produit ou un service moins cher destinés aux consommateurs les moins exigeants. Soit par la création d’un marché qui n’existait pas au préalable. De ce point de vue, Uber fait figure de cas à part : l’entreprise a transformé le secteur du taxi américain en s’attaquant d’abord au marché traditionnel, avant de conquérir les marges avec des solutions innovantes.

Le terme « disruptif » prête à confusion, admet toutefois Clayton M. Christensen. Car la rupture technologique représente en fait un processus qui prend du temps, comme le montre la réussite actuelle de Netflix, lancé dans l’indifférence en 1997 et qui a su profiter d’innovations comme le streaming pour devenir le service mondial que l’on connaît aujourd’hui. En outre, les disrupteurs se distinguent des entreprises qu’elles concurrencent par le biais de leur modèle économique, à l’instar d’Apple avec son lucratif réseau d’applications pour iPhone.

L’économiste américain souligne enfin que les entreprises qui réussissent aujourd’hui n’ont pas toutes suivi le chemin de la disruption — et que celles qui suivent ce chemin ne seront pas toutes couronnées de succès. Pour lui, les entreprises en place doivent répondre aux nouveaux entrants en soutenant l’innovation incrémentale (qui améliore sensiblement l’existant) à travers la mise en place d’entités spécifiques, séparées de l’activité principale, et entièrement dédiées à la rupture technologique. Si la théorie n’explique pas tout, elle permet néanmoins d’améliorer les prédictions de succès des jeunes pousses innovantes.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément : une tribune (en anglais) de Jean-Marie Dru, inventeur du terme « disruption », en réponse à l’article de Clayton M. Christensen et ses coauteurs ; et un autre sur des sociétés suisses spécialisées dans la production d’innovations.

 

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