Vie privée sur Internet, une question de contexte ?

Comment protéger les données personnelles des internautes ? Les travaux sur la vie privée en ligne d’Helen Nissenbaum, chercheuse à l’Université de New York, ont récemment influencé une série de textes outre-Atlantique, dont la Déclaration des Droits pour protéger la vie des consommateurs en ligne et un rapport de la FTC, la Commission fédérale du commerce américaine. Sa théorie : la vie privée sur Internet n’est pas binaire – publique ou privée – mais dépend d’un contexte. Lumière sur le paradigme de Nissenbaum.

Le discours d’Helen Nissenbaum sur la vie privée en ligne diffère de la vision habituellement partagée. Alors que les craintes des internautes sont le plus souvent liées au fait de laisser trop de données personnelles sur Internet, la chercheuse estime que le vrai problème est la déviation du flux d’information. Les expéditeurs et récepteurs de données ont des attentes très spécifiques quant à leur utilisation. La confidentialité est mise à mal lorsque le principe de transmission des données ou le récepteur changent. Si le public allemand, par exemple, s’est opposé à ce qu’on prenne des photos de sa maison pour alimenter Google Street View, c’est à cause de la suppression d’un élément-clé du dispositif informationnel : la réciprocité.

Selon Helen Nissenbaum, la vie privée sur Internet n’est pas binaire – publique ou privée- elle est conditionnée par une mise en contexte, une norme sociale. On ne partage pas les mêmes informations personnelles avec son banquier, son médecin, son ami… Les utilisateurs sont prêts à partager certaines données en échange de services gratuits sur Internet, à condition qu’elles soient utilisées dans le contexte où ils les ont cédées. Le consommateur confie des données à sa banque physique ou en ligne pour qu’elles soient utilisées à des fins bancaires, non pour être vendues à d’autres industries. D’après la chercheuse, il faut donc appliquer les normes sociales du monde réel au monde numérique.

C’est le chemin qu’a pris la dernière recommandation de la FTC : laisser les entreprises collecter les données, mais les contraindre à informer les utilisateurs lorsqu’elles les destinent à des fins différentes du contexte d’interaction initial. Mais le paradigme de Nissenbaum a des limites. D’abord, il laisse une grande latitude d’appréciation aux entreprises et peu de pouvoir aux utilisateurs. Ensuite, il repose sur des normes sociales implicites et fluctuantes, difficilement transposables dans la loi. Au-delà du contexte, la notion de réciprocité semble plus concrète.

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En complément :
un article sur le contrôle des données personnelles
et une conférence TED sur l’importance de la vie privée sur Internet (en anglais)

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« Vie numérique : à qui appartiennent les données personnelles ? »
et « Données personnelles : quels choix vont s’offrir aux internautes ? »