Réformer le conseil d’administration pour doper l’innovation

Une étude récente menée au sein de l’école de commerce de Harvard souligne que la technologie et l’innovation ne font pas partie des priorités des conseils d’administration. Conservatisme, manque de diversité, etc., les causes sont multiples. Pourtant, une stratégie de long terme anticipant les disruptions impose des investissements technologiques.

Le constat tiré par Boris Groysberg et Yo-Jud Cheng, chercheurs à la Harvard Business School, a de quoi surprendre. Selon une étude qu’ils ont récemment publiée, menée auprès de 5 000 membres de conseils d’administration d’entreprises réparties dans pas moins de 60 pays, seuls 30 % d’entre eux classent l’innovation parmi leurs trois principales priorités. Et la proportion tombe à 22 % en ce qui concerne les tendances technologiques. Par ailleurs, les administrateurs classent seulement aux 17e et 18e rangs ces activités parmi celles qu’ils pensent bien maîtriser.

 

Discuter des aspects de long terme pour être plus performant en matière d’innovation

 

Conséquence directe, les conseils d’administration mésestiment l’innovation en tant qu’impératif stratégique et n’axent pas leur recrutement sur l’amélioration de ces opérations. Le rapport des chercheurs pointe notamment le manque de diversité des administrateurs, qui ont tendance à engager des personnes avec un cursus similaire au leur et à négliger leurs propres lacunes. Des différences existent néanmoins selon les industries. Dans les secteurs de la santé ou des télécommunications, les conseils d’administration apparaissent plus attentifs à l’innovation que ceux des entreprises de l’énergie ou des services. Or, compte tenu de la rapidité des évolutions technologiques, aucune d’entre elles n’est à l’abri de la disruption.

Pour inverser la tendance, expliquent les deux chercheurs, il s’agit d’abord d’analyser précisément les compétences des directeurs, sans se focaliser sur les connaissances spécifiques au domaine dans lequel ils exercent. Injecter de la diversité à la fois en matière de sexe, d’origine, d’âge, mais aussi de perspectives, permet d’autre part d’introduire des idées neuves dans les débats qui animent les conseils d’administration. En outre, les entreprises qui discutent régulièrement des aspects de long terme sont plus performantes dans l’innovation. Les chercheurs citent l’exemple de l’entreprise technologique Cisco, dont les administrateurs ont nommé comme PDG leur directeur commercial, plus jeune que les deux présidents, après avoir demandé aux candidats de présenter leur vision et de faire la preuve des compétences nécessaires pour la poursuivre.

 

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