L’analyse d’images en renfort du datajournalisme

L’exploitation par les journalistes des millions d’images qui transitent désormais par les réseaux sociaux vient en complément de l’analyse et l’interprétation d’informations. En témoigne l’enquête menée par la section d’investigation « Africa Eye » de la BBC qui est parvenue à identifier, à partir d’une simple séquence vidéo, les coupables d’un crime perpétré au Cameroun trois mois auparavant.

L’importance de l’image dans notre société ne se dément plus : chaque minute, plus de 400 heures de vidéo sont publiées dans YouTube et le nombre d’heures de visionnage mensuelles sur le site vidéo augmente de 50 % chaque année. L’exploitation de ces images peut permettre à des journalistes d’exploiter de nouvelles sources d’investigation. Ainsi, à partir d’une vidéo filmée depuis un téléphone portable, une équipe de la BBC a réussi à déterminer le lieu, la date exacte et les protagonistes d’une scène de meurtre ayant eu lieu trois mois plus tôt au Cameroun. L’enquête, d’abord publiée sous la forme d’un reportage, a connu un tel succès qu’elle a ensuite fait l’objet d’une vidéo infographique détaillant la démarche des enquêteurs. Une consécration pour le datajournalisme.

 

Les technologies de traitement des images se démocratisent

 

La discipline connaît aujourd’hui un large essor grâce à la démocratisation des technologies de traitement des images et leurs performances accrues pour traiter les énormes volumes de visuels désormais disponibles. Pour Karen Bastien, fondatrice de Wedodata, chaque image constitue désormais une base de données à part entière. Les nouvelles technologies de visualisation des données sont à présent capables de relever le moindre changement chromatique invisible à l’œil nu pour révéler une manipulation d’image. Et les métadonnées liées à chaque image deviennent des sources d’information à part entière.

Le succès de l’enquête de la BBC baptisée « Anatomy of a killing » tient en partie à la qualité de l’infographie vidéo et de ses déclinaisons sur de multiples réseaux sociaux. La visualisation des données – dont les origines remonteraient au XIXe siècle, lorsque l’infirmière Florence Nightingale avait recours à des graphiques pour soutenir ses théories sanitaires – s’avère intimement liée à l’essor du datajournalisme. D’après Karen Bastien, pour compléter notre « alphabet visuel commun » composé de courbes, d’histogrammes et de camemberts, il convient désormais d’inventer de nouvelles formes pertinentes qui résonnent à nos yeux de manière universelle. Un impératif quand on considère que le cerveau interprète bien mieux les couleurs et les formes que le texte.

 

Lire l’article

 

En complément :

La traduction du Talmud par des algorithmes spécialisés (en anglais)

Uber ouvre l’accès à sa plateforme web de visualisation des données