Nous vivons une époque formidable !

L’intelligence artificielle véhicule d’innombrables progrès dans le quotidien des entreprises comme des particuliers. Si sa démocratisation pose beaucoup de questions éthiques et morales, elle a peu de chance de remplacer l’intelligence humaine à court ou moyen terme. En revanche, elle offre une précieuse aide à la décision qui participe de la différentiation des entreprises. Par Oliver Schabenberger, Executive Vice President, Chief Operating Officer and Chief Technology Officer chez SAS.

Depuis les temps les plus reculés, l’être humain a cherché à créer des outils pour répondre à ses besoins. Désormais, nos souris et nos claviers font exactement ce que nous leur demandons, des appareils comme Amazon Echo nous aident à réaliser des tâches simples, comme allumer des lumières, ou des tâches plus complexes comme répondre à des questions grâce à l’analytique.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle (IA), la donne est en train de changer. Les machines peuvent-elles passer d’objets passifs à participants actifs de nos vies ? Nous conduiront-elles ou conduirons-nous les machines ? Les objets nous informeront-ils de ce qu’ils ont fait pour nous, ou continuerons-nous à dire aux objets quoi faire ? Pourrions-nous devenir de simples pions dans une vie orchestrée par l’intelligence autonome, à l’heure où tout devient plus intelligent ?

 

A quel point sommes-nous proches d’une telle réalité ?

 

Si vous êtes angoissé(e) par l’idée que les machines dirigeront le monde dans le futur, dormez tranquille. Ceci ne peut être concrétisé en l’état de la technologie actuelle.

La tendance est de qualifier d’ « intelligence artificielle » tout ce qui fait quelque chose d’intelligent ou d’inattendu, mais en réalité ce n’est pas de l’IA. Ma calculatrice est meilleure en arithmétique que je ne le serai jamais – ce n’est pas une IA. Un arbre de décision n’est pas de l’IA. Une ligne de plus dans une requête SQL n’est pas de l’IA.

Mais la tendance s’oriente vers l’IA, vers l’intégration d’une plus grande intelligence dans les machines, les appareils, les outils, les automobiles et les logiciels.

Nous avons assisté à des progrès incroyables dans le développement d’algorithmes capables de réaliser des tâches avec une précision étonnante, digne d’un humain. Encore récemment, nous pensions que le jeu de Go ne pouvait pas être modélisé, et voilà qu’une machine nous a battus et nous a surpassés. Dans le domaine de la santé, les algorithmes peuvent désormais détecter des formes de cancer sur des images aussi bien que les radiologues…

Ces algorithmes ont des capacités surhumaines parce qu’ils font leur travail de manière fiable, précise, répétitive et 24 heures sur 24. Pourtant, nous sommes loin de créer des machines capables de penser ou de se comporter comme des humains.

 

Les systèmes « intelligents » sont mono-tâche

 

Les systèmes d’IA actuels sont formés pour exécuter une tâche humaine d’une manière intelligente et informatisée, mais ils sont formés pour accomplir une tâche – et une seule tâche. Le système qui peut jouer au Go ne peut pas jouer au solitaire ou au poker, et il n’acquiert pas de compétences pour le faire. Le logiciel qui pilote un véhicule autonome ne peut pas faire fonctionner les lumières de votre maison.

Cela ne signifie pas que cette forme d’IA n’est pas puissante. Elle a le potentiel de transformer de nombreuses activités – peut-être même toutes les activités dans tous les domaines. Mais, ne nous méprenons pas ; les systèmes qui apprennent de manière supervisée, par étapes ordonnées sur la base des données d’apprentissage, ne peuvent pas dépasser le sens des données ; ils ne peuvent pas créer, ni innover, ni raisonner.

 

Le saut de confiance

 

Même si les algorithmes deviennent intelligents, nous ne devons pas les laisser diriger nos vies. Ils restent un système d’aide à la décision. Le saut de confiance ultime consiste à laisser les algorithmes prendre des décisions en notre nom.

Mais imaginez si les algorithmes étaient autonomes. Je crois que si nous en acceptons l’autonomie, alors nous serons prêts à accepter la vraie IA. Si un algorithme peut prendre des décisions fiables et non biaisées, dont il peut être démontré qu’elles sont dans votre intérêt à terme, êtes-vous prêt à lui passer le relais pour prendre des décisions sans votre intervention ?

À quel point nous attendons-nous à ce que les machines fonctionnent lorsque nous les laissons perdre ? À quelle vitesse nous attendons-nous à ce qu’elles apprennent leur travail ? Et comment vont-elles acquérir une morale en cours de route ?

Si ces questions vous mettent mal à l’aise, vous n’êtes pas seul. Je préfère être tué par ma propre stupidité, plutôt que par la morale codifiée d’un ingénieur logiciel ou par la morale savante d’un algorithme en évolution.

L’illusion de l’intelligence est tout ce que nous pouvons gérer, et c’est tout ce que nous devons gérer pour l’instant.

 

Préparons le futur

 

L’IA d’aujourd’hui est-elle vraiment intelligente ? Je prétends que ce n’est pas le cas.

L’intelligence exige de la créativité, de l’innovation, de l’intuition, la résolution de problèmes en toute indépendance et de la sensibilité. Les systèmes que nous construisons, basés sur l’apprentissage en profondeur, ne peuvent pas avoir ces caractéristiques. Je ne veux pas prédire quand l’IA sera intelligente. Nous pensions en être proches il y a des décennies et que les machines agiraient et penseraient comme le font les humains, mais elles ne le font pas encore. La technologie actuelle ne le permet pas.

Un bouleversement technologique complet doit survenir pour nous amener à la vraie IA. Je ne pense pas que nous ayons trouvé la solution, mais nous la cherchons.

 

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En tant que COO et CTO, Oliver Schabenberger définit la direction technologique de SAS, met en œuvre l’orientation stratégique et les priorités commerciales de l’entreprise. Il supervise plusieurs directions au sein de SAS, y compris la R&D, les ventes, le marketing, les technologies de l’information et le support client, ainsi que les divisions dédiées aux solutions pour l’IoT, la gestion des risques financiers et le cloud.

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