Les cerveaux humains qui entraînent les algorithmes d’intelligence artificielle

Nombre d’acteurs du web ont fondé leur business model sur l’intelligence artificielle et bâti leur réputation sur la puissance, la vitesse et l’impartialité de leurs robots. Mais derrière les résultats, les recommandations et les réponses fournies, des femmes et des hommes demeurent parfois aux manettes. Qui sont-ils et comment prennent-ils leurs décisions ?

 

La révélation l’été dernier de l’existence chez Facebook d’une équipe éditoriale dédiée à la sélection de contenus a fait l’effet d’une bombe. Ainsi, même les champions de l’intelligence artificielle, à l’origine des algorithmes les plus pointus, ne pourraient se passer de collaborateurs en chair et en os pour prendre des décisions ? Quel coup de théâtre ! Derrière quantité de tâches supposées automatisées, des humains seraient en fait derrière leur écran, payés pour répondre à des requêtes envoyées via des API. En creusant un peu, il s’avère que cette association homme/machine n’est pas près de disparaître !

 

Une intelligence pas seulement artificielle…

 

On parle à ce sujet du paradoxe du dernier kilomètre de l’automatisation : avec chaque innovation en matière d’IA, apparaissent (et disparaissent) de nouveaux marchés impliquant de nouvelles tâches humaines. D’après certains économistes, d’ici 2033, ces services augmentés pourraient même représenter 30 % du travail recensé aujourd’hui. Si leur vocation première est d’accroître la productivité, ces services vont avoir des conséquences sociales avec l’émergence d’une main d’œuvre contractuelle, notamment dans les domaines du marketing, de la distribution et des services clients.

 

Qui sont ces personnes ? La plupart sont des indépendants, payés à taux fixes, résidant en dehors des Etats-Unis. On ne sait pas grand-chose de leur formation, ni de leur environnement de travail, ni du protocole sur lequel ils s’appuient pour prendre leurs décisions. Mais ils viennent, à la demande des géants du web comme des PME, suppléer les robots pour prendre quotidiennement des milliers de décisions, notamment concernant la gestion des contenus (curation, modération…). Non seulement, leur travail permet d’entraîner les algorithmes à prendre des décisions, mais ils interviennent eux-mêmes pour statuer sur le choix des contenus qui in fine nous sont aujourd’hui proposés. Dès lors, en tant que clients, on est en droit d’exiger davantage de transparence de la part des organisations qui nous « vendent » de l’intelligence artificielle. Sur quelles tâches précises interviennent ces contractuels ? Sur quels critères s’appuient-ils pour prendre leurs décisions ? Existe-t-il un protocole commun à tous ? Autant de questions fondamentales lorsqu’il est question d’information d’intérêt public.

 

Lire l’article (en anglais)

 

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