Pourquoi un tel battage médiatique autour de l’Internet des objets ?

Selon les prévisions de Cisco, 50 milliards d’appareils seront connectés d’ici 2020. Pour Gartner, plus « prudent », ils ne seront que 26 milliards. La valeur du marché de l’Internet des objets (IdO) devrait atteindre 6 100 milliards de dollars d’ici 2025 selon les prévisions de McKinsey et 7 100 milliards de dollars selon IDC ! Ces prévisions pour le marché de l’IdO sont presque aussi impressionnantes que les flux de données eux-mêmes, mais sont-elles pour autant réalistes ?

Par Mathias Coopmans, consultant principal information management & analytique chez SAS

Même les prévisions les plus modestes évaluent le taux de croissance annuel à 30 %, alors que la croissance du taux de pénétration d’Internet dans le monde est de 3 %. Selon les analyses d’ITU, de la Banque mondiale et des Nations Unies, 46,1 % de la population mondiale a aujourd’hui accès à Internet. Mais comptabiliser les objets capables de se connecter sans tenir compte de leur application réelle a-t-il vraiment un sens ?

Le marché de l’Internet des objets ne serait-il pas surestimé ? Nous avons passé le stade des gadgets — souvenez-vous du grille-pain relié au réfrigérateur — mais la route est encore longue jusqu’aux objectifs visés. Et l’on est en droit de se demander si les attentes seront satisfaites à court terme. Il y a cinq ans, les chiffres étaient comparables, alors que rien ne s’est concrétisé à ce jour. L’IdO en est encore à ses balbutiements, l’essentiel des efforts étant axés sur la configuration physique : comment garantir la connectivité ? Quels capteurs utiliser ? Quels sont les besoins en termes d’infrastructure ? À quoi ressemblent les appareils ? Je suis toutefois convaincu du potentiel de l’IdO et de sa capacité à transformer tous les secteurs d’activité. A long terme, l’IdO donnera naissance à des business model basés sur une technologie nouvelle.

 

Donner un sens aux données

 

Tandis que la bataille fait rage entre les divers fournisseurs d’infrastructure et que les normes d’infrastructure se multiplient, des entreprises innovantes lancent des projets pilotes pour déchiffrer les données collectées. Nous sommes à la veille d’incorporer une couche analytique dans les applications de l’IdO, car c’est là qu’est la valeur ajoutée. Toutefois, vous constaterez que les cas d’utilisation pour lesquels il existe déjà assez de données complexes pour permettre une analyse à forte valeur ajoutée ne représentent toujours qu’une infime part du marché. Je suis néanmoins intimement persuadé que les projets pilotes d’analyse des données collectées constituent une bonne pratique et que les entreprises qui l’appliquent prendront une longueur d’avance sur leurs concurrents. Ces entreprises réfléchissent au coût du matériel nécessaire, mais aussi aux moyens d’accroître les bénéfices en mettant au point de nouveaux services basés sur cette technologie. Il s’agit d’une approche différente.

Le degré d’adoption de l’IdO varie selon les secteurs d’activité. Les secteurs fortement dépendants des données, comme les télécoms et les assurances, s’intéressent depuis plusieurs années déjà à l’IdO. Les compagnies d’assurance suivent déjà de près leurs investissements stratégiques, comme les plates-formes de forage, car l’analyse coûts-bénéfices est plus facile dans ces cas de figure. Les capteurs étant de moins en moins chers, de plus en plus d’applications voient le jour, comme la voiture connectée. Les compagnies d’assurance testent un modèle basé sur le comportement qui permettrait aux meilleurs conducteurs de payer moins cher que les autres. Dans ce cas, si vous souhaitez uniquement analyser le style de conduite pour calculer la prime d’assurance, l’analyse en temps réel n’est pas nécessaire. Mais si vous souhaitez proposer des services supplémentaires — par exemple, pour avertir les clients lorsqu’ils se garent dans un quartier dangereux — l’analyse des données en temps réel prend tout son sens.

 

Des business model novateurs

 

Du côté des applications, les premières sont expérimentées par différents acteurs, dont de nouveaux venus dans ce domaine. En juin dernier, la municipalité d’Anvers a annoncé la signature d’un contrat de concession pour l’installation de compteurs d’eau intelligents dans la ville belge. Dans un premier temps, la compagnie des eaux Water-link, en collaboration avec la joint-venture ENGIE Fabricom et le fabricant de robinets et accessoires pour les compagnies des eaux Hydroko, testera 1 000 compteurs intelligents pendant un an. Aucun fournisseur de technologie réseau n’est impliqué dans ce projet, ce qui montre que de nouveaux acteurs veulent avoir leur part du gâteau. Les fréquences radio de l’IdO étant à usage libre, l’investissement est limité. D’un autre côté, les opportunités sont immenses. En utilisant des capteurs pour enregistrer les consommations d’eau, Water-Link pourra détecter les fuites et les fraudes, et automatiser la facturation de ses clients. Quant aux clients, ils n’auront plus à se préoccuper de l’aspect administratif et pourront rationaliser leur consommation grâce à un accès à des statistiques en temps réel.

Autre exemple : un fournisseur d’électricité pourra savoir quand un usager est chez lui en fonction de sa consommation électrique. J’ai entendu dire que des fournisseurs d’énergie étaient en pourparlers avec des sociétés de transport express afin de fournir à ces dernières des données qui les aideraient à optimiser leurs trajets ».

 

À qui appartiennent les données ?

 

Les exemples précédents montrent que la bataille se livre essentiellement autour des données. Mais à qui appartiennent-elles ? Ce sujet sera la « patate chaude » des années à venir. Appartiendront-elles aux fournisseurs de technologie réseau, aux constructeurs automobiles, aux fournisseurs d’énergie… ou aux clients ? La propriété, le contrôle et l’exploitation des données seront des enjeux cruciaux pour le développement de l’IdO. Je pense que les clients joueront un rôle majeur dans l’histoire de l’IdO. Une fois qu’ils percevront la valeur de leurs données, ils les partageront plus volontiers avec ces organisations capables de leur offrir une meilleure expérience client ou une meilleure rentabilisation.

Les exemples d’application sont nombreux, dans la prévention de la fraude dans les transferts d’argent comme dans des applications commerciales : si un opérateur téléphonique est en mesure de savoir qu’un client a presque atteint son plafond de données, il peut lui proposer une offre promotionnelle adaptée à son comportement. La maintenance est aussi un domaine qui a beaucoup à gagner de l’Ido : les capteurs n’étant pas tous fiables à 100 %, la vérification de la qualité des données est primordiale. Par exemple, si un capteur indique une température de 200 °C dans le moteur d’une voiture, il est important de vérifier si le problème vient du moteur ou du capteur.

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Mathias Coopmans est consultant principal information management & analytique chez SAS. Il associe sa curiosité pour les métiers avec des compétences techniques. Passionné par l’analytique et les big data, Mathias aide les entreprises à travers l’Europe du Sud-Ouest à créer de la valeur dans leur projets sur l’Internet des objets. Souvent pionnier et innovateur, il est à la recherche des moyens d’intégrer l’IdO dans leur organisation, tant sur le plan technique qu’au niveau stratégique.

Mathias s’exprime dans de nombreux des séminaires sur le rôle et l’impact des données et de leur analyse sur notre vie quotidienne.

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Télécharger cette étude qui analyse les retours d’expériences de 75 décideurs, précurseurs de l’adoption de l’internet des objets dans différents secteurs et pays d’Europe.