Co-innovation, intelligence artificielle, société hypertechnologique : deux générations partagent leur vision

A l’occasion de SAS Forum, Business Analytics info a rencontré Rand Hindi, Membre du Conseil National du Numérique et cofondateur de Snips, et Mouloud Dey, Directeur innovation et business développement de SAS France. Regards croisés sur la co-innovation, les dérives potentielles de l’intelligence artificielle et l’avenir de notre société hypertechnologique.

Business Analytics info : A l’image de Snips avec la SNCF, de nombreuses startups collaborent avec les grandes entreprises. Que retirent-elles de ce type de coopération ? Pensez-vous que l’innovation soit désormais l’apanage des startups, c’est-à-dire d’« esprits libres » ?

Rand Hindi : Je pense que les partenariats startups / grand groupes sont absolument essentiels pour créer un écosystème innovant. Les startups ont l’avantage de pouvoir aller vite, lancer et retirer des produits rapidement, et n’ont aucun bagage technique / business à supporter. Ils attirent également les talents, qui sont à la recherche de challenges d’envergure et d’environnements de travail modernes. Les grands groupes en revanche ont d’autres avantages : ressources financières et humaines, accès au marché, réputation, puissance marketing.

L’alliance des deux fait du sens, et c’est ce que nous avons fait avec la SNCF en co-créant une application basée sur de l’intelligence artificielle. Sans la SNCF, le projet n’aurait jamais eu cette envergure ! Par ailleurs, plus les grands groupes s’entourent de startups, plus elles deviennent des plateformes business, tissant des liens étroits avec l’écosystème et, du coup, pérennisant leur position d’acteurs clés dans un futur de plus en plus technologique.

Mouloud Dey : L’ère numérique requiert de l’agilité dans tous les domaines et la R&D dans les grands groupes n’est pas épargnée. Aujourd’hui l’innovation se veut plus ouverte. Elle touche les produits autant que les services. Les processus, l’organisation et le management s’en trouve nécessairement impactés. D’une part parce que l’innovation sort des laboratoires, se veut plus collaborative et brouille ainsi les lignes traditionnelles d’organisations trop habituées à fonctionner en silos. D’autre part parce que l’entreprise moderne, de plus en plus numérique, ne peut plus fonctionner sans un écosystème étendu dans des marchés de plus en plus multi-faces où clients, fournisseurs, administrations participent conjointement à la création de valeur. Prenez l’exemple de la voiture connectée, et demain de la voiture autonome. En matière d’innovation il ne s’agit plus seulement de concevoir un produit reposant sur des technologies aussi élaborées soient-elles, mais bien d’imaginer un nouveau service de mobilité communiquant avec d’autres véhicules, avec des infrastructures (feux-rouges, parkings, routes…), et potentiellement partagé par de multiples usagers qu’il faudra identifier, reconnaître, assurer, etc. En matière d’innovation, un constructeur traditionnel doit désormais avancer et innover avec l’ensemble de l’écosystème ne serait-ce que pour définir des standards de sécurité, de sûreté, d’interopérabilité.

 

Business Analytics info : Ne craignez-vous pas que l’humain perde tout contrôle et son indépendance face à ces assistants personnels ? Ne risque-t-on pas d’assister à une dérive du machine learning qui mènera notre vie, plutôt que l’inverse ?

Rand Hindi : A terme, tout sera automatisable. Mais ce n’est pas pour autant que l’on voudra tout automatiser ! Le choix reviendra à chacun, qui configurera son assistant pour effectuer certaines tâches, mais pas toutes. Si je veux acheter un cadeau à ma mère, je préfère le faire moi-même, même si mon assistant serait capable de le faire ! C’est donc plus une question de design et d’expérience utilisateur qu’une question de technologie.

Mouloud Dey : En matière d’automatisation, d’intelligence artificielle, le champ des possibilités s’étend chaque jour. Il est extrêmement important de distinguer la décision qui peut être largement assistée voire automatisée et complètement déléguée à une machine, des facultés de jugement qui resteront, du moins peut-on l’espérer, l’apanage de l’homme. Il y a des concepts proprement humains qui échappent, et c’est heureux, à l’intelligence artificielle : l’ironie, l’humour tout autant que le sarcasme resteront encore très longtemps le domaine réservé de l’homme. L’intelligence artificielle, en assistant l’homme, libérera du « temps de cerveau » pour le jugement humain et lui donnera plus de valeur.

 

Business Analytics info : Comment vous projetez-vous dans 20 ans ? Comment imaginez-vous votre monde ?

Rand Hindi : Mon but à long terme est de faire disparaître la technologie. Plutôt que de nous envahir, elle doit nous aider, faciliter notre quotidien, mais surtout s’effacer pour nous permettre de vivre comme si nous étions déconnectés. C’est la raison d’être de Snips et le leitmotiv de tous mes futurs projets professionnels et personnels !

Mouloud Dey : La technologie n’est pas tout. Notre monde sera ce que nous en ferons. Au tout début du siècle dernier un tiers des véhicules en circulation étaient des véhicules électriques. Pour autant les acteurs économiques et politiques ont fait du 20è siècle, le siècle de l’or noir et le véhicule électrique avait quasiment disparu jusqu’au début du 21è siècle.

20 ans c’est tout juste le temps qu’il a fallu pour passer des premières connexions internet grand public à ce que nous connaissons aujourd’hui : une société qui à travers toutes ses composantes sociales, économiques, politiques, bascule irrémédiablement vers le tout numérique. Certains aspects sont enthousiasmants, d’autres un peu moins. L’ère numérique a ceci de fascinant qu’elle redonne du pouvoir et de l’imagination aux citoyens et consommateurs.

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Data scientist tout juste trentenaire et membre du Conseil National du Numérique, Rand Hindi a cofondé Snips, société ayant notamment mis au point l’application « Tranquilien » pour le compte de la SNCF. Plus récemment, elle a créé un assistant intelligent capable d’anticiper nos comportements grâce à l’analyse du contexte, pour réduire au minimum les interactions avec notre smartphone et donc la pression et la dépendance associées.

Directeur innovation et business développement de SAS France, Mouloud Dey a déjà consacré 30 ans au secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans des missions de conseil et de management couvrant les principaux domaines de l’informatique décisionnelle. Ses domaines de prédilection touchent l’ensemble des sujets innovants liés à l’ère numérique : Big Data, expérience client et marketing contextuel, blockchain, machine learning,…

 

 

Lire aussi l’article sur l’intervention de Rand Hindi à SAS Forum,

Et la contribution de Mouloud Dey au Club Business Analytics info.