Un algorithme dévoile la falsification de données scientifiques

Deux doctorants de l’université de Tilburg, au Pays-Bas, ont mis au point un algorithme destiné à corriger les erreurs d’arrondis dans les statistiques. En testant leur programme sur 50 000 articles de psychologie, ils ont découvert que près de la moitié d’entre eux contenaient au moins une erreur, dont la plupart ne relèvent pas du hasard…

En 2013, le New York Times relatait le cas de fraude scientifique dont s’était rendu coupable, 18 années durant, Diederik Stapel, un chercheur du département de psychologie sociale de l’Université néerlandaise de Tilburg. Ce dernier a d’ailleurs expliqué dans une autobiographie comment il truquait les données pour que ses analyses produisent les résultats escomptés… Ce phénomène de falsification des données n’est, hélas, pas nouveau, mais il a tendance à augmenter sous la pression du résultat à laquelle sont de plus en plus soumis les chercheurs.

 

Des « erreurs » qui changent totalement la conclusion d’articles scientifiques

 

L’histoire ne dit pas s’il s’agit d’un pur hasard, toujours est-il que deux jeunes chercheurs de l’ex-Université de Diederik Stapel viennent de donner un nouveau coup de pied dans la fourmilière de la recherche en psychologie, en mettant au point un algorithme de vérification de statistiques. Leur programme a retrouvé des erreurs dans près de la moitié des 50 000 articles qu’il a analysés. Pire : la majorité de ces « erreurs » ont permis d’embellir les principaux résultats des publications, tandis que 13 % d’entre elles en ont complètement changé la conclusion ! Salués par une partie de la communauté scientifique, les deux doctorants se sont aussi vu reprocher par une chercheuse renommée d’avoir partagé les fruits de leur travail sur un forum en ligne, plutôt que d’utiliser les canaux traditionnels de publication…

Spécialiste des questions numériques, le journaliste Xavier de la Porte, qui relate cette affaire, en tire plusieurs leçons. D’abord, elle confirme que la vérification peut être un processus difficile à accepter pour les chercheurs. Ensuite, elle révèle qu’Internet et la transformation numérique touchent la communauté scientifique au même titre que le reste de la société et remettent en cause des pratiques établies. Enfin, des algorithmes de vérification comme celui des deux jeunes chercheurs néerlandais permettent d’éclairer avec une lumière crue une multitude de petits arrangements avec la réalité que l’on pensait circonscrits et qui, en théorie, ne devraient pas avoir cours dans l’honorable monde académique.

 

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En complément :

Une interview de Nicolas Chevassus-au-Louis, qui a récemment dénoncé la fraude scientifique dans un livre,

et un article à propos de la lutte contre la fraude au compteur kilométrique touchant les véhicules d’occasion.