L’analyse prédictive piège les braconniers

La population des éléphants en Afrique ne cesse de diminuer en raison du braconnage et du trafic d’ivoire. Pour endiguer ce phénomène qui porte atteinte à la biodiversité, l’Ouganda a doté ses gardes-forestiers d’un nouvel outil d’analyse prédictive pour empêcher les braconniers d’atteindre les animaux. Les premiers résultats sont encourageants.

Les chiffres sont alarmants. Entre 2009 et 2015, la population des éléphants en Tanzanie et au Mozambique a été divisée par plus de deux. Chassés pour l’ivoire de leurs défenses, leur déclin entraîne celui des vautours, qui se nourrissent des carcasses de pachydermes. Tandis qu’en Afrique du Sud les rhinocéros sont également victimes de braconniers, c’est l’ensemble du continent qui voit sa biodiversité sauvage s’éroder considérablement. Les solutions conventionnelles pour endiguer le phénomène ayant montré leurs limites, les autorités locales se tournent vers les nouvelles technologies. Ainsi, l’Ouganda parie sur une combinaison d’apprentissage automatique et de théorie des jeux pour juguler le braconnage.

 

Orienter les patrouilles grâce à l’analyse prédictive

 

Cet outil d’analyse prédictive, baptisé « Assistant de protection pour la sécurité de la vie sauvage », vise à prévenir la chasse illégale en ciblant les zones où les braconniers sont susceptibles d’agir, pour y envoyer des gardes-forestiers. Une sorte de « Morel » (le héros du roman de Romain Gary, « Les Racines du ciel ») numérique… si l’on ose dire.

Les chercheurs américains qui ont mis au point ce programme ont compilé douze années de données incluant les attaques  passées, la position des pièges et d’autres actions illicites. Un algorithme d’apprentissage automatique complète l’outil quand les informations s’avèrent insuffisantes, tandis que des modèles mathématiques (basés sur la théorie des jeux) permettent de suggérer aux gardes-forestiers de patrouiller là où les braconniers ne les attendent pas.

L’idée d’associer intelligence artificielle et théorie des jeux pour organiser la surveillance aléatoire d’un territoire remonte au début des années 2000. Compte tenu de son potentiel et de sa réussite en matière de prévention des crimes et des délits, le concept a été étendu récemment à la préservation de la biodiversité et à la lutte contre le braconnage. En Ouganda, une expérimentation à grande échelle est menée dans le parc national de la reine Elizabeth. Les gardes-forestiers ont déjà mis la main sur une dizaine de pièges à antilopes et éléphants en quelques mois à peine, un résultat largement supérieur aux attentes. Les seuls freins à cette innovation sont liés à la faiblesse des infrastructures locales de téléphonie mobile, ainsi qu’à la violence prévisible des braconniers pris en flagrant délit.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément :

Un article sur le rôle des big data dans la protection de l’environnement,

et un autre sur les big data et de la loi biodiversité en France.