Comment l’intelligence artificielle va redéfinir l’emploi

La démocratisation de l’intelligence artificielle est sur le point de bouleverser le marché du travail et la façon dont nous travaillons. Pour les entreprises, l’intégration réussie de cette technologie nécessitera d’investir dans la gestion des talents, car l’homme restera un maillon essentiel de la chaîne de valeur.

Lassé de perdre une heure par jour à fixer des rendez-vous, Dennis Mortensen, patron de la société d’intelligence artificielle x.ai, a confié la gestion d’une partie de son agenda à Amy Ingram, son assistante virtuelle. Dans le sillage de Siri d’Apple ou de Cortana de Microsoft, les agents numériques se diffusent rapidement dans l’entreprise, suscitant autant l’enthousiasme que l’inquiétude de voir les emplois disparaître, comme dans l’industrie où l’automatisation a pris le pas sur une partie de la main d’œuvre.

 

L’innovation technologique bouleverse le marché du travail

 

Les experts prédisent en effet que la technologie prendra en charge les tâches répétitives dans un futur proche. Moshe Vardi, professeur de science informatique à la Rice University de Houston, a estimé, à l’assemblée générale de l’Association américaine pour le progrès de la science, que l’intelligence artificielle pourrait pousser près de la moitié de la population mondiale à changer d’emploi dans les 30 prochaines années. Le fondateur de Tesla et SpaceX Elon Musk et le physicien Stephen Hawking craignent même que les robots remplacent un jour l’humanité toute entière ! Pour d’autres, comme Dermot O’Brien, le responsable RH du spécialiste des technologies RH ADP, l’innovation technologique va avant tout aider les individus à être plus performants et à se concentrer sur les aspects les plus intéressants de leur travail.

Dans son ouvrage de 1942 « Capitalisme, Socialisme et Démocratie », Joseph Schumpeter a théorisé la manière dont la technologie allait bouleverser la créativité par grandes « vagues » de progrès. La première a eu lieu en 1785 avec l’énergie hydraulique, la seconde, en 1845 avec la vapeur ; la troisième, en 1900, avec l’électricité et la chimie. Viennent ensuite, comme le décrit le futuriste Rick Von Feldt, la quatrième en 1950, avec l’électronique et l’aviation, puis la cinquième en 1990 avec les logiciels et les produits numériques. La sixième, celle des nanotechnologies, des énergies renouvelables, de la robotique et de l’intelligence artificielle, aura lieu vers 2020. Quelles en seront les conséquences ? Selon le cabinet Gartner, en 2030 les machines intelligentes pourraient remplacer 90 % des emplois actuels.

 

Le rôle décisif du gestionnaire des talents

 

De nombreux spécialistes défendent une ligne optimiste. Pour AJ Jaghori, de YoloData, les emplois impliquant des relations humaines fortes ne seront pas remplacés par les machines ! Et même s’il a recours à un assistant virtuel, Dennis Mortensen avoue ne pas tout lui confier. « Avec toute automatisation, un ensemble de nouveaux postes se crée » note-t-il. En revanche, l’intelligence artificielle va entraîner de profonds changements dans la manière de diriger et d’évaluer les salariés. D’abord, les entreprises devront recruter des candidats capables d’apprendre rapidement. Dans une enquête Accenture de 2016, les dirigeants ont confié privilégier les profils de candidats multitâches et flexibles, avant la possession d’une « expertise pointue sur la tâche confiée ». Les sociétés devront aussi recruter les candidats ayant les compétences pour utiliser les nouvelles technologies.

Elles devront surtout investir dans la formation et dans la redéfinition des rôles – ou « gestion des talents » – en fonction des nouvelles technologies adoptées. Dans le cas d’une réduction des effectifs humains, le gestionnaire des talents devra estimer si la culture d’entreprise le permet, car dans certaines sociétés, l’intégration de l’intelligence artificielle pourrait amoindrir la motivation et la productivité. Ce sera au gestionnaire des talents de montrer les avantages et les limites des nouvelles technologies, parfois perçues comme une menace. L’éducation des salariés aura ainsi un rôle crucial pour une intégration technologique réussie sur le lieu de travail. La formation entre pairs, couramment pratiquée par les start-up, pourra être encouragée, tout comme l’autoformation : de plus en plus, il va être de la responsabilité de chacun de s’informer et de se mettre régulièrement à niveau en matière de technologie ! Karie Willyerd, dans un ouvrage sur le sujet, souligne l’importance du développement professionnel pour rester à la page. Pour elle, les collaborateurs doivent en apprendre un peu chaque jour, à l’instar des robots, et rester ouverts au changement ; car il y a fort à parier que la technologie et les hommes se complèteront dans l’avenir.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément :

Une analyse sur les conséquences de la robotisation,

et un article sur le succès des start-up d’intelligence artificielle.