Les technologies permettront-elles de travailler moins ?

Les nouvelles technologies sont à la source de profondes mutations dans le domaine de l’emploi. Productivité, télétravail, statut professionnel, mobilité… Une table ronde organisée par Adobe qui réunissait des experts de la technologie, des ressources humaines, des espaces de travail a permis de faire un tour d’horizon des évolutions en cours, dans les start-ups comme dans les entreprises traditionnelles.

La technologie est en train de révolutionner la manière dont nous travaillons, depuis la définition de l’emploi jusqu’à ses lieux d’exercice. Les salariés s’adaptent à cette évolution et attendent chaque jour davantage des technologies utilisées à leur travail.

La table ronde sur le  « Travail du Futur » organisée par Adobe à San Francisco en mai 2016 s’est d’abord orientée sur les notions de temps de travail et de productivité. Malgré les promesses de l’innovation en termes de gains de productivité et d’efficacité, de l’avis de tous ou presque, tout porte à croire que les salariés travailleront davantage dans les années à venir. En revanche, ils passeront moins de temps au bureau, pour travailler de chez eux ou du café – une tendance qui pourrait permettre de rééquilibrer le ratio travail / vie personnelle. Grâce à l’appui des outils numériques, les professionnels seront plus efficaces : les heures passées au travail, sans diminuer, seront optimisées, les machines prenant en charge les tâches répétitives. Et c’est une excellente nouvelle ! Cela signifie que le salarié travaillera pour lui-même et assurera des tâches qui l’intéressent vraiment. Les entreprises attractives du futur seront celles qui sauront exploiter cette opportunité.

 

Opposition travail / vie personnel

 

Matt Dorey, CEO de Factory, a nuancé l’opposition travail / vie personnel. En effet, travailler moins ne signifie pas être moins actif ou même productif dans ses activités. Son entreprise, spécialisée dans le recrutement de développeurs, ne possède pas de bureaux pour ses équipes, mais des « maisons » leur permettant de travailler et vivre dans le même espace. Si ses développeurs travaillent très dur, c’est qu’ils sont à leur compte. « La liberté et la flexibilité ont remplacé la sécurité de l’emploi dans leur échelle de valeurs », affirme l’entrepreneur. Une « économie de petits boulots » (la « gig economy ») ou plutôt de « carrières portfolio » se développe dans le secteur de la technologie. Des chauffeurs Uber aux ingénieurs, l’image du professionnel indépendant s’impose. Elle est d’ailleurs source de mutations dans un nombre croissant d’entreprises où le travailleur, accueilli en hôte, bénéficie de services similaires à ceux d’une conciergerie d’hôtel. Les exigences des professionnels les plus qualifiés augmentent en conséquence vis-à-vis des employeurs. Ces derniers doivent se montrer proactifs afin d’attirer les meilleurs talents.

 

Au-delà de la Silicon Valley

 

Ces mutations se cantonnent-elles à l’élite de la Silicon Valley ? Nabomita Mazumbar, associée chez Cite.Community, observe le même mouvement en Inde, où les start-ups innovantes intéressent davantage les jeunes talents que les grandes firmes. Un peu partout dans le monde, tout comme dans la Silicon Valley, le travail, qu’il soit individuel ou collaboratif, investit les parcs, les cafés et les lieux de vie, grâce au Wi-Fi. Pour s’adapter à la tendance, des grandes sociétés comme Marriott réagencent leurs locaux pour permettre aux collaborateurs de travailler là où ils le souhaitent depuis un ordinateur portable. En revanche, l’opinion publique est divisée sur le progrès numérique : pour beaucoup de citoyens, celui-ci est destructeur d’emplois. L’idée d’un revenu de base universel, qui serait financé par les acteurs du Web pour « dédommager » les professions traditionnelles, a même émergé.

 

Toujours plus de nouvelles technologies

 

Côté technologies de communication, les outils mobiles, de chat et de collaboration font beaucoup parler d’eux, mais ils n’ont guère évolué depuis 10 ans dans la plupart des compagnies. Des changements plus importants sont en cours, basés sur des innovations pointues (assistance par la voix, réalité augmentée). Une enquête Adobe met en évidence l’importance de ces outils pour les employés américains. Ceux qui estiment bénéficier des dernières technologies se sentent en moyenne deux fois plus créatifs et motivés que ceux utilisant des outils obsolètes, et 81 % considèrent comme importantes les technologies qui les aident à se connecter à leurs collègues. Plus que la technologie pure, les salariés sont intéressés par les gains d’efficacité et les liens permis par les outils numériques. Chez les professionnels de la Silicon Valley, la mobilité et la possibilité de travailler à distance restent les priorités. Mais cette mobilité a un risque : celle d’être connecté en permanence, et moins concentré. Pour les professionnels concernés, la peur de manquer une information pourrait bientôt laisser la place à la satisfaction d’en manquer certaines.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément :

Une tribune sur le futur de l’emploi et la « gig economy »

et une chronique sur l’importance de la technologie pour le recrutement de collaborateurs.

 

À lire sur Business Analytics Info :

« La transition numérique des entreprises a besoin de leaders »

et

« Algorithmes : repenser le travail et la sécurité ».