Prévention des fraudes : la banque digitale se tourne vers les big data

Le secteur bancaire a accompli une transformation digitale de grande ampleur au cours des dernières années, révolutionnant l’expérience utilisateur grâce à une pléiade d’outils comme la banque en ligne ou les applications bancaires sur mobile. Mais ces services sont sources de nouveaux challenges en termes de sécurité. Quels sont les défis du secteur à l’âge numérique ? Le point avec David Stewart, directeur de l’intelligence en sécurité bancaire chez SAS.

Bienvenue dans l’ère de la digitalisation des services financiers ! Désormais, les banques ne sont plus les seules intervenantes sur le marché des services financiers, comme par exemple dans le paiement en ligne. Des plates-formes intermédiaires comme PayPal ou Venmo, ainsi que des marques de high-tech (Apple Pay, Samsung Pay) ont vu le jour ces dernières années. Avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs et l’accroissement continuel des volumes de transactions, l’institution financière n’a plus le contrôle unique du point d’accès au compte client, ce qui crée des risques de sécurité inédits. D’un point de vue commercial, les services numériques aussi se multiplient, notamment pour réaliser des transferts de fonds plus rapidement (Swift, ACH, Fedwire, Chips…).

 

Quand « automatisé » rime avec « risqué »

 

Selon David Stewart, cette digitalisation engendre deux défis majeurs pour les banques. Le premier est l’innovation. Si elles veulent éviter d’être distancées par les start-up de la Fintech et diffuser une image de marque positive auprès du jeune public, les banques doivent, elles aussi, proposer des modes d’utilisation intuitifs.

Le second challenge est celui de la sécurité et de la prévention des fraudes. Les intermédiaires et les nouveaux acteurs des Fintech peuvent d’une part recourir à d’autres standards de sécurité que les grandes institutions et donc offrir une protection moindre. Parallèlement, les banques prennent des risques lorsqu’elles lancent de nouveaux produits avec des partenaires tiers, même aussi reconnus qu’Apple. À ses débuts, Apple Pay enregistrait un taux de fraude de 6%, un chiffre bien plus élevé que celui relevé dans le secteur des cartes de crédit. En cause : une faille dans la procédure d’authentification sur smartphone. Trouver le bon équilibre entre innovation et protection du consommateur est essentiel pour les banques, qui ont construit historiquement leur avantage concurrentiel sur la confiance et la protection de l’épargne de leurs clients.

Côté entreprises, les piratages des identifiants de dirigeants et les détournements de fonds vers des comptes offshore se sont multipliés en 2015. La prise de contrôle d’un compte commercial est un fait rare, mais les pertes pour une société peuvent être très élevées. Ce risque touche également, dans une moindre mesure, les comptes des particuliers : une récente étude de SAS a identifié 130 « identités synthétiques » (de fausses identités créées par des fraudeurs sur la base d’informations authentiques) sur les 4,5 millions de clients d’une banque. Dans un monde digital laissant de plus en plus place aux processus d’identification automatisés, le risque de fraude s’accroît sensiblement.

 

L’analytique avancée : un outil incontournable

 

Les défis vont donc se multiplier pour les institutions financières. Le volume de transactions réalisées sur mobile connaît une croissance fulgurante, surtout dans les pays en voie de développement. En parallèle, les clients sont de plus en plus exigeants. Par exemple, les délais attendus des virements sont passés de quelques jours à quelques secondes.

Face à cet afflux de données, les banques doivent s’adapter rapidement, ce qui nécessite une augmentation drastique de leurs capacités décisionnelles. Certains clients exigent désormais des moteurs de scoring capables de traiter plus de 3 000 transactions à la seconde. Dans le domaine de la détection de fraudes, SAS teste aujourd’hui un système suffisamment puissant pour traiter plus de 800 000 évènements par seconde ! En outre, pour être efficace, la détection des fraudes exige aujourd’hui la collecte de données contextuelles (support utilisé, habitudes clientèle…), c’est-à-dire encore et toujours plus de data à analyser !

Pour relever ces défis, les institutions financières en appellent aux méthodes de l’analytique avancée. SAS s’appuie depuis une décennie sur l’apprentissage automatique pour aider ses clients à renforcer leur sécurité et la lutte anti-fraude. On combine aujourd’hui différentes techniques pour analyser des volumes de données massifs. Non seulement les modèles se diversifient, mais ils s’adaptent et gagnent en efficacité. Par exemple, les acteurs de la finance s’intéressent de plus en plus à la visualisation, une technique analytique permettant d’identifier les sources de fraude les plus courantes, mais aussi de réaliser des projections et des études d’impact sur la sécurité. Le défi actuel est d’intégrer l’ensemble des données contextuelles, transactionnelles et temps réel dans un « hub de décision digitale » qui pourra analyser les risques et la légitimité d’une session en 50 millisecondes ou moins !

Dans une économie digitalisée, la prévention des fraudes devient non seulement partie intégrante de la relation client, mais également un moyen d’augmenter le chiffre d’affaires ; responsables de la sécurité numérique et dirigeants doivent donc s’asseoir à la même table. SAS a récemment aidé une société de crédit à infléchir la fraude de 40 millions de dollars ; la même année, l’entreprise enregistrait 60 millions de recettes supplémentaires. Selon l’expert, pour créer le cercle vertueux, les institutions financières doivent se tourner vers l’analytique et les big data, qui offrent des solutions pour développer une stratégie anti-fraude performante, tout en rassurant les actionnaires.

 

Lire l’interview (en anglais)

 

En complément :

Un article sur l’analytique pour détecter la fraude dans le sport,

et un autre sur l’innovation dans les services financiers.

 

À lire sur Business Analytics Info :

« Comment la technologie transforme l’industrie des services financiers »

et

« Les banques s’inspirent de Bitcoin pour sécuriser les transactions ».