Big data et justice sociale : pour une utilisation responsable des données

L’ethnographe américaine danah boyd, spécialiste des médias sociaux et de la jeunesse, s’est intéressée lors de la conférence Everett Parker 2015 à Washington, au monde que nous construisons à travers les nouvelles technologies. Pour elle, il est crucial que le formidable potentiel des big data soit mis au service du plus grand nombre.

La technologie n’est pas neutre, elle reflète la complexité de notre société. Les pratiques du monde réel ont migré sur les plates-formes, où les mêmes outils peuvent servir les fins les plus nobles comme les plus mercantiles. Au cours de ses recherches sur les adolescents et les réseaux sociaux, danah boyd a constaté qu’entre 2006 et 2007, les divisions sociales se sont déplacées de la cour d’école à la Toile : les jeunes ados privilégiés ont migré sur Facebook et laissé MySpace à la communauté afro-américaine amatrice de rap. Chaque jour, les journalistes, hommes politiques et experts utilisent aussi la technologie comme élément de différenciation. La conclusion de la sociologue est simple : le progrès technologique en lui-même n’améliore pas le monde, il a besoin de la contribution de ses usagers !

 

Vers un usage éclairé des big data

 

Tout comme les médias sociaux, les big data et l’analytique ont connu une ascension fulgurante ces dernières années. Ils promettent des avancées dans tous les domaines : santé, science, industrie, économie, social… danah boyd cite par exemple le travail de « Crisis Text Line », un service de prévention du suicide en ligne envoyant des millions de messages personnalisés aux individus vulnérables et fonctionnant grâce à l’analytique. Toutefois, les big data ont eux aussi été pointés du doigt pour reproduire les préjugés et les divisions de la société. Une étude de Latanya Sweeney, professeure à Harvard, a notamment dénoncé la discrimination raciale de la publicité en ligne, qui a recours à l’analyse des données. Ici encore, ce ne sont pas les technologies qui sont à blâmer, mais les données d’entrée qui sont parfois biaisées. Il ne s’agit donc pas de rejeter les big data, mais de questionner l’usage que chacun en fait.

Grâce à l’analyse prédictive, on peut prévoir l’hospitalisation d’un individu à partir de ses recherches en ligne ; une information à ne pas mettre entre toutes les mains. Le plus souvent, les bases de données sont utilisées pour gagner en productivité, en efficacité et pour aider les personnes en ayant besoin. Mais sans contrôle, ces outils de pouvoir pourraient être utilisés au détriment des plus faibles. Un nouveau défi émerge, celui d’un usage responsable des big data. danah boyd prend l’exemple du système financier, dont la population civile a dénoncé l’opacité à la fin des années 2000. La transparence des données et des algorithmes doit être encouragée, tout comme la démocratisation des outils analytiques. Plus les individus seront actifs dans l’usage des big data et comprendront les mécanismes à l’œuvre, plus les données seront utilisées à bon escient. Les enjeux sont importants. Pour mettre cette technologie porteuse au service de tous, les acteurs de la technologie et de la justice sociale doivent dès à présent collaborer.

 

Lire l’article

 

En complément :

La transcription de la conférence

et

Un article sur l’utilité des big data en sciences sociales.

 

À lire sur Business Analytics Info :

« Comment nos sociétés s’approprient l’analytique »

et

« Discrimination à l’embauche : et si nous étions recrutés par des algorithmes ? »