Big Data: Marchés contestables et souveraineté des données.

La seconde édition du congrès « Big Data Paris » vient de fermer ses portes. Si la première édition s’était principalement attachée aux problématiques technologiques, cette deuxième saison fut principalement consacrée aux usages et premiers retours d’expériences, avec un programme de conférences très riche, et la présence de l’ensemble des acteurs qui comptent sur le marché. Au lendemain de ce congrès, il nous a semblé intéressant de compléter ces débats par quelques réflexions.D’abord un constat, qu’éclaire parfaitement l’infographie The State of Big Data, 2013 Big Data Survey – SAS : même si les entreprises témoignent d’un intérêt grandissant pour le sujet, encore peu d’entreprises ont développé une stratégie d’exploitation des Big Data (12%), 15% n’en comprennent pas les bénéfices et 21% se considèrent sous-informées. Si les premières expériences commencent à voir le jour et à produire des résultats pertinents, les Big Data ne sont pas encore un sujet prioritaire pour une grande majorité d’entreprises aux Etats-Unis comme en Europe. Celles-ci affichent d’autres urgences liées à leur  cœur  de métier et aux incertitudes de la  situation  économique.
Pourtant, certains secteurs comme la grande distribution, les assurances, les banques ou les télécommunications se trouvent déjà confrontés à des situations où l’apparition de nouveaux types de concurrents parfois issus d’autres métiers ou secteurs pose de manière urgente la question d’une transformation accélérée vers l’entreprise numérique et l’usage des Big Data.
Apple, par exemple, marche désormais sur les plates-bandes des opérateurs de télécommunications en traitant «gracieusement» les « iMessages » des utilisateurs d’Iphone. Microsoft n’est pas en reste avec les communications Skype. Google, Amazon, mais aussi eBay se positionnent aussi de plus en plus hors de leurs bases originelles. Google a ainsi, quelques mois après avoir acquis BeatThatquote, lancé  un service de comparaison de services d’assurances au Royaume Uni. Les banques peuvent, elles aussi, s’inquiéter de la capacité des opérateurs télécom à devenir des intermédiaires de paiement et de la concurrence de nouveaux entrants  comme Paypal (eBay).
A la lumière de ces exemples on ne peut s’empêcher de penser à la théorie  des marchés contestables (1), marchés sur lesquels, à la concurrence des entreprises en place, vient s’ajouter la concurrence disruptive, pour ne pas dire dérangeante, des entrants potentiels souvent issus de nulle part mais complètement installés  dans l’ère numérique.
Dans ce contexte, où de grands acteurs économiques sont chahutés sur certains pans de leurs activités, l’information, les données, peuvent devenir un constituant essentiel de la stratégie des entreprises. La valeur ajoutée des Big Data consiste aussi à favoriser l’innovation et à créer des logiques de ruptures, non seulement pour renforcer ou préserver leur avantage concurrentiel, mais surtout pour cibler de nouveaux marchés et envisager de nouveaux modèles économiques. Pour faire le lien avec notre infographie, si les Big Data ne sont pas encore la priorité des entreprises, ce manque pourrait se révéler très dommageable lorsqu’elles se verront attaquer sur leurs propres territoires…
Un autre thème récurrent concerne la souveraineté des données, sujet important qui cache d’importants enjeux éthiques et commerciaux. Car un véritable marché de la donnée est déjà en train d’apparaître, du fait de l’explosion de la mobilité, de la croissance du cloud computing, de l’avènement de nouvelles pratiques comme l’open data et de la volonté de nombreux acteurs de monétiser leurs propres données.
Si ces enjeux préoccupent des acteurs de plus en plus nombreux, comme le prouve le programme des conférences de Big Data Paris, les réponses aux problématiques de respect de la vie privée, de sécurité et de propriété des données, n’ont pas encore été trouvées. C’est pourtant la condition impérieuse pour que puisse se développer ce nouveau marché de la donnée.

 

Mouloud Dey,
Directeur Solutions et Marchés Emergents, SAS France

(1) William J. Baumol, John C. Panzar, & Robert D. Willig (1982). Contestable Markets and the Theory of Industry Structure.

En complément : deux interviews réalisées lors du Congrès Big Data pour Silicon TV  : « Le big data apporte de l’agilité dans la BI » – Jérôme Cornillet, SAS France et pour « La Bourse et la Vie.com » : « Big Data » – Edouard Fourcade Directeur Général, SAS France 

A lire sur Business-Analytics-Info.fr : « Les décideurs de demain devront réfléchir en Big Data » et « Les Big Data vecteurs d’innovation et de transformation des business models »