Apprendre à cohabiter avec les intelligences artificielles

La pensée anthropocentrique occidentale paraît inadaptée à la compréhension des intelligences artificielles. Dans le même temps, la convergence des nanotechnologies, de la biologie, de l’informatique et des sciences cognitives bouscule nos conditions humaines. Le regard d’un paléoanthropologue apporte une nouvelle dimension d’analyse.

En général, l’humain occidental moyen méprise l’intelligence animale autant qu’il voue un culte aux créations artificielles, selon Pascal Picq, éminent paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France. Le principal problème de cette vision anthropocentrique, dualiste et hiérarchique — qui place l’ingénieur-mâle-blanc au sommet de la pyramide de l’évolution, mais juste en dessous des robots déifiés — c’est qu’elle contribue à aliéner l’homme au profit de machines intelligentes qu’il peine à appréhender. Or, avec les nouvelles possibilités offertes par les objets connectés notamment, l’humanité semble bel et bien entrer dans une nouvelle période de son évolution.

 

La cohabitation entre IA et humains, facteur de développement économique

 

En effet, argumente Pascal Picq, les principaux facteurs de mortalité dans les sociétés occidentales sont aujourd’hui moins liés aux homicides qu’aux excès de nos modes de vie. En revanche, le commerce de la peur autour des risques supposés des nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle (IA) se porte à merveille. Certes, les performances de cette dernière pour extraire des informations pertinentes dans un grand volume de données sont impressionnantes. Mais leur signification ne demeure accessible qu’aux humains. En outre, toujours d’après le paléoanthropologue, la cohabitation entre hommes et algorithmes représente plutôt un vecteur de développement économique. Les pays les plus robotisés multiplient les créations d’emplois industriels, relève-t-il.

Quant à la question du dépassement de l’intelligence humaine par l’IA, elle paraît déplacée. Car, contrairement aux robots, l’humain est un être biologique dont les capacités cognitives dépendent aussi de fonctions physiques et physiologiques, rappelle le chercheur. Notre cerveau a évolué depuis des milliers d’années avec les interactions sociales et environnementales. En revanche, son association avec les technologies NBIC (nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives) pourrait bien contribuer à changer la nature de notre intelligence. Avant de débattre des hypothétiques dérives de l’IA, l’homme occidental moyen devrait donc d’abord se pencher sur le transhumanisme et ses atteintes potentielles à nos libertés fondamentales, suggère Pascal Picq en réponse à un commentaire à son article.

 

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En complément :

Un article de l’anthropologue Fanny Parise au sujet du robot-humanoïde Sophia,

et une interview de Laurent Alexandre à propos de son Livre « La guerre des intelligences ».