Des capteurs démontent les préjugés sur le travail des femmes

Une récente étude basée sur des données collectées à l’aide de capteurs sociométriques a établi l’absence de différence notable entre les comportements au travail des hommes et des femmes, argument souvent avancé pour justifier écarts de salaires et promotions. Seul un biais serait à l’origine de cette différence de traitement entre les représentants des deux genres.

On a longtemps justifié les inégalités professionnelles entre hommes et femmes par une différence de comportement en environnement professionnel… A l’ère du digital et de l’IoT, des chercheurs se sont penchés sur la question, en étudiant la conduite des uns et des autres au sein d’une grande entreprise, où les femmes apparaissaient sous-représentées dans les postes managériaux. Une centaine de collaborateurs ont été équipés de badges sociométriques, dont les capteurs mesurent le mouvement, la proximité d’autres badges, le volume de la voix, etc. L’analyse des données ainsi collectées, croisées avec d’autres données anonymisées, a permis d’établir l’absence de différence de comportement entre hommes et femmes : même fréquence de contacts, temps identique passé avec les membres de la direction, gestion analogue de l’emploi du temps et scores tout à fait semblables en matière d’évaluation de la performance. L’étude a aussi démontré que les femmes occupent une place tout aussi centrale que les hommes au sein du réseau social professionnel.

 

Quand les données des capteurs mettent en lumière des idées reçues

Comment, dans ce contexte, expliquer un tel décalage dans l’accès aux postes managériaux, sinon par une différence de traitement entre hommes et femmes, provoquée par un biais dans la perception que l’on se fait du comportement de ces dernières ? En effet, si le nombre d’échanges avec la direction est identique, ce n’est pas l’accès qui fait défaut, mais la façon dont ces échanges sont perçus. Un biais qui ne se limite pas à l’enceinte de l’entreprise puisque comme le démontre le dernier rapport McKinsey sur les genres, les femmes en couple sont 5,5 fois plus sujettes à la prise en charge des tâches ménagères.

 

Réduire ce biais implique une recherche systématique de la parité à la fois dans le recrutement et la promotion des collaborateurs. Des pistes résident également dans l’adaptation des charges de travail à des moments cruciaux de la vie d’un individu, ce qui implique une écoute active. Mais comme n’importe quel autre problème qui affecte l’entreprise, il doit avant tout être abordé à partir de données concrètes. Elles seules permettent de répondre à des questions aussi fondamentales que celles concernant l’existence ou non d’une discrimination dans l’entreprise.

 

 

Lire l’article (en anglais)
En complément :

La sociométrie : avantages et limites.

Quand les préjugés humains déteignent sur l’IA.