Tirer le meilleur parti de son capital santé grâce à l’IA

Une startup chinoise développe actuellement un système d’IA capable de prodiguer des conseils personnalisés pour prévenir les maladies. Basé sur le croisement de multiples variables liées à la santé, au mode de vie et à l’alimentation, l’algorithme réclame néanmoins pour être performant le partage des informations personnelles de millions d’utilisateurs…

Imaginez un miroir intelligent capable de synthétiser l’ensemble des informations collectées sur votre organisme et de vous adresser, sur cette base, des recommandations personnalisées d’ajustement de votre régime alimentaire et de votre mode de vie afin de vous prémunir contre les maladies… Pour Jun Wang, biologiste et informaticien de formation à l’origine de ce projet, on dépasse largement le périmètre de la médecine personnelle et du simple traitement des maladies. Le projet touche plus largement au suivi de la santé individuelle, un champ désormais accessible grâce à la réduction du coût du séquençage de l’ADN et à la démocratisation des objets connectés, à l’origine de volumes de données conséquents.

 

Un cerveau de santé virtuel

 

Présence de protéines dans le sang, anticorps, ADN, variables cardiaques, métabolites…le projet a pour ambition d’élargir la collecte de données de santé individuelles à un niveau sans précédent. A terme, le dispositif pourrait croiser plusieurs millions de variables, enrichies par de nouveaux moyens de collecte comme… un WC connecté. En présence de tels volumes, le recours à l’intelligence artificielle s’impose. Or, si les startups conjuguant santé et IA rencontrent un certain succès auprès des investisseurs, ICX, la société créée par Lui Wang, a déjà levé 600 millions de dollars pour mener à bien sa mission, un montant largement justifié par l’ambition du projet. La société a en effet déjà racheté ou acquis des parts sociales de nombreuses entreprises œuvrant dans la recherche médicale – la mise au point d’un système d’intelligence artificielle capable d’associer l’ensemble de ces travaux incombe par exemple à iCarbonX-Israel, dont ICX a fait l’acquisition l’an dernier. Son objectif : développer un cerveau de santé virtuel capable d’interpréter l’ensemble des données collectées et de les croiser pour dispenser aux utilisateurs des conseils pertinents.

C’est à la faveur d’une rencontre avec Jamie Heywood, fondateur de la plateforme Patientlikeme – qui rassemble des milliers de patients atteints de maladies chroniques désireux d’échanger entre eux – que le projet de Liu Wang s’est précisé. Pour inclure les données personnelles et comportementales recueillies sur Patientlikeme à son dispositif, il a d’ailleurs pris une participation dans la société…

Pourtant, pour Eric Schadt, Directeur de l’Institut Icahn Mount Sinaï Institute for Genomics and Multiscale Biology à New York, le succès d’un tel dispositif demeure dépendant du nombre d’utilisateurs prêts à partager leurs données. Or, si comme l’estime ce dernier, ce n’est qu’à partir d’une dizaine de millions d’utilisateurs que l’on pourrait établir des corrélations significatives, on peut s’interroger sur les motivations de chacun à partager autant de données individuelles, d’autant que certaines peuvent s’avérer intimes et que leur collecte est contraignante. Seule la pertinence des résultats obtenus pourrait contribuer à l’adoption et à la démocratisation de ce type de système analytique.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément :

Le numérique et la santé,

L’IA, entre mythe et réalité.