Les armées recrutent des robots autonomes

La course au robot autonome augure-t-elle un retour de la guerre froide ? Le débat s’intensifie entre les partisans de nouvelles capacités militaires automatisées et ceux qui réclament leur proscription. Un long article du site Fast Company tente d’éclairer les enjeux, nombreux et complexes, qui entourent le développement de ce nouvel arsenal.

Les œuvres cinématographiques d’anticipation forgent souvent nos préjugés culturels en matière de développement technologique. Ainsi, l’image de « Terminator » vient rapidement à l’esprit lorsqu’il s’agit de se figurer un futur peuplé de robots autonomes. Pourtant, chercheurs et ingénieurs en robotique de défense sont confrontés au quotidien à des questions nettement plus terre à terre que l’hypothétique risque d’éradication de l’humanité par des machines hors de contrôle. Quant aux responsables militaires, malgré la multiplication des robots sur tous les fronts ou presque, leur attrait pour un arsenal davantage automatisé apparaît bien plus contrasté qu’on ne pourrait le croire.

 

Les mêmes défis que la robotique civile

 

Les défis à relever pour assister à une véritable révolution robotique dans les armées s’avèrent en effet nombreux, à l’instar de ceux que l’on observe communément dans l’industrie technologique civile. Il s’agit par exemple d’assurer l’interopérabilité de matériels de différents fabricants, d’augmenter leur fiabilité, ou encore de standardiser les échanges de données… Parfois, les résultats des recherches se révèlent décevants, comme ce programme américain de drones anti-mines, poursuivi pendant seize ans, et finalement abandonné car jugé coûteux et inefficace le Sénat.

Mais certains robots sont très appréciés par les militaires, en particulier ceux affectés à des missions de reconnaissance. Ce qu’un colonel de l’armée de terre américaine résume en ces termes : « Il est préférable de remplacer un robot que de perdre un soldat ». Ainsi, le nombre de robots engagés sur le sol irakien pour déminer le terrain a été multiplié par 80 entre 2004 et 2008. Quant aux bombardements ciblés réalisés par des drones, leur recours a été dix fois plus important pendant la présidence Obama que sous l’ère G.-W. Bush. Malgré les dommages causés aux civils et dénoncés par des organisations non gouvernementales, les chefs militaires américains considèrent que l’usage des drones représente encore la meilleure alternative.

 

Quelles limites à l’autonomie des armes offensives autonomes ?

 

Aujourd’hui, en matière d’armes offensives, seules des machines pilotées par des humains sont employées en opération. Demain, existera-t-il des robots capables d’identifier une cible et de prendre la décision de frapper de façon complètement autonome ? Certains appellent à un moratoire sur ce type d’équipement. Les autorités religieuses du Vatican pointent notamment un risque d’inégalité entre nations riches et pauvres, tandis que Human Right Watch soulève la question éthique de déléguer des décisions de vie ou de mort à de tels dispositifs. Les militaires eux-mêmes se montrent prudents, préférant garder le contrôle et limiter l’usage des machines autonomes à la force non létale (comme des cyberattaques). Compte tenu des nombreux foyers de tension dans le monde actuellement, la réglementation liée aux robots militaires pourrait devenir un sujet brûlant entre grandes puissances, États-Unis, Russie et Chine en tête.

 

Lire l’article (en anglais)

 

En complément :

Un article au sujet de la question de l’armement des drones de l’armée française,

Et un autre (en anglais) sur la compétition entre États-Unis, Russie et Chine pour le leadership des robots militaires.