Repenser les métiers à l’ère de l’intelligence artificielle

Souvent perçu comme une menace pour l’emploi, le développement de l’intelligence artificielle inquiète. Rand Hindi revient sur le périmètre concerné, les métiers les plus exposés et les moyens à mettre en place pour accompagner l’inévitable transformation du monde du travail. Objectif : faire de l’IA une opportunité non seulement pour l’économie mais surtout pour les actifs.

Entre science-fiction et anticipation, l’intelligence artificielle nourrit de nombreux fantasmes. Pour l’heure toutefois, ses applications relèvent encore de ce que Rand Hindi, data scientist, entrepreneur & fondateur de Snips, appelle la « narrow AI », à savoir la reproduction « inconsciente » de comportements humains particuliers. Grâce à l’essor du cloud computing et des big data, la programmation a peu à peu disparu au profit du développement d’algorithmes de deep learning, qui permettent aux machines d’apprendre des concepts de plus en plus abstraits et de les reproduire. En pratique, des robots savent déjà reconnaître une image, imiter un artiste ou remporter une partie face à un champion de go… Toutefois, ils échouent encore à s’adapter à un contexte, comme en témoigne l’incapacité des véhicules autonomes à faire face à des situations imprévues, aptitude qui relèverait davantage de la « strong AI ».

 

Quels métiers sont concernés ?

 

Compte tenu de la puissance et de la rapidité de cette disruption, de nombreux emplois pourraient à terme être concernés par l’automatisation, à condition de remplir un certain nombre de critères : des tâches techniquement automatisables, l’absence d’intervention manuelle complexe, un accueil positif de la part de l’opinion – Rand Hindi rappelle par exemple que, bien que disponible, l’arbitrage vidéo des matchs de football reste peu populaire. Enfin, ils ne doivent requérir ni intelligence émotionnelle (le tact du médecin à l’annonce d’un diagnostic), ni intelligence générale (la capacité à réagir dans une situation inattendue). En conséquence, Rand Hindi estime qu’au-delà de deux tiers de tâches automatisées, les métiers disparaîtront et en deçà d’un tiers, ils ne seront pas affectés. Pour le reste, il parie plutôt sur une transformation du métier, à l’instar du médecin qui devrait confier le traitement des maladies courantes à des robots, pour se consacrer à des cas plus complexes dont le diagnostic requiert une intelligence générale, comme à la guérison des patients (qui fait appel à sa fibre émotionnelle).

 

Pour accompagner cette mutation, Rand Hindi encourage à revoir les modèles traditionnels d’enseignement fondés sur un apprentissage initial au profit d’un apprentissage continuel. L’IA devrait permettre de faciliter l’apprentissage de nouveaux métiers dans la mesure où les compétences techniques sont bien plus faciles à automatiser que les compétences générales (empathie, leadership, créativité…). Dans ce contexte, des formations de courte durée couplées à des stages d’insertion pourraient, dans bien des cas, suffire à apprendre un nouveau métier. Reste que pour promouvoir la formation continue, entreprises et gouvernements devront travailler main dans la main. En France par exemple, Pôle emploi pourrait devenir un centre de formation avec une plate-forme en ligne alimentée en contenus par des organismes privés. Une autre piste consisterait à mettre en place un revenu universel pour l’éducation, c’est-à-dire le versement d’un salaire mensuel à quiconque suivrait une formation dans le cadre d’une reconversion.

 

Lire l’article (en anglais)

 

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